Tribune sur la gouvernance des câbles sous-marins (Le Monde)

Tribune. Le Monde.  Le succès d’Internet n’aurait pas été possible sans le vaste réseau de câbles sous-marins qui étendent leur empire au fond des océans, sur plus d’un million de kilomètres, y véhiculant 99 % du trafic intercontinental de données et près de 10 000 milliards de dollars (8 000 milliards d’euros) de transactions quotidiennes. Dans la plus grande opacité, quelques entreprises de télécommunication et de géants du Web en contrôlent la concep­tion, le déploiement et l’exploitation, profitant de leur position dominante.

Les conséquences de cette  technologique sont économiquement dévastatrices et politiquement liberticides. L’inégalité d’accès à la bande passante internationale, sensible dans les régions les plus éloignées des centres d’interconnexion, se double d’un sentiment de suspicion généralisée, les données transitant par ces voies étant étroitement surveillées.

Texte complet disponible ici: Internet _ « Les câbles sous-marins doivent devenir un outil démocratique au service du plus grand nombre »

« Il faut dompter les géants des mers ! »

 

 

Connecting Europe to Latin America: a revolution in Internet governance? (DiploFoundation)

Brazil is about to welcome a new submarine cable linking Latin America to Europe: ELLALINK. In addition to strengthening digital inclusion on the continent and reducing access costs, ELLALINK may offer an innovative model of governance that will protect Internet global infrastructures as common goods, thanks to the allocation of indefeasible access rights to non-commercial backbone providers. Before the activation of ELLALINK (probably in 2019), it is time for Brazilian and world civil society to take this unique opportunity to promote an alternative model of Internet governance and resist the growing pressure coming from the commercial sector in Brazil.

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Les enjeux géopolitiques des cables sous-marins: le cas emblématique du Brésil

Lors de la conférence #Rightscon 2017 à Bruxelles, Florence Poznanski, directrice d’Internet Sans Frontières-Brésil et Jonas Valente, membre de l’ONG brésilienne Intervozes, co-organisaient un panel sur les câbles sous-marins et les coûts d’inter-connectivité en Amérique Latine et en Afrique. La discussion est partie du projet de câble sous-marinELLALINK qui doit relier prochainement l’Amérique Latine à l’Europe pour contourner les États-Unis, qui contrôlent la quasi-totalité des autoroutes du Web et des consortiums qui en gèrent le trafic. Y participaient Félix Blanc, en charge des Institutions et Politiques Publiques à Internet Sans Frontières, Loretta Anania, du Next Generation Internet Center de la Commission Européenne et Laura Tresca, d’Article 19-Brésil.

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Milton Wolf Seminar

Sélectionné comme emerging scholar fellow pour participer au Milton Wolf Seminar organisé par l’Académie Diplomatique de Vienne et l’Université de Pennsylvanie (uPENN) les 3 et 4 avril 2015, j’y ai présenté les enjeux d’une recherche initiée par Archippe Yepmou et portant sur la diffusion du hashtag #Iwili pendant la « deuxième révolution » du Burkina Faso. Ce texte rassemble les premiers éléments de cette recherche qui a été discutée par plusieurs experts du Counter Violent Extremism (CVE) réunis à Vienne à cette occasion. Nasser Weddady m’a plus particulièrement encouragé à poursuivre l’étude des langues pré-coloniales pour comprendre la guerre de l’information qui sévit actuellement en Afrique sahélienne. En effet, l’utilisation de ces langues permet également aux groupes terroristes de diffuser des messages au-delà des frontières territoriales et linguistes héritées de la colonisation et de « l’effet Sykes-Picot », qui était le thème central du MWS un siècle après le partage du Moyen Orient par la France et la Grande Bretagne.  

Lien vers les notes préparatoires à mon exposé en anglais

 

La diffusion du #Iwili en 2015 correspond à celle des langues pré-coloniales encore utilisées

 

 

La circumvolution de l’Afrique par les câbles sous-marins

Lors du premier sommet des Africtivistes, qui s’est tenu à Dakar du 26 au 29 novembre 2015, Internet Sans Frontières présentait les enjeux des câbles sous-marins de l’Internet mondial pour l’Afrique. Devant plus d’une centaine de représentants de 25 pays africains, francophones et anglophones, j’ai pu  démontrer en quoi la distribution actuelle des câbles sous-marins est une cause majeure d’inégalité d’accès à Internet en Afrique. Ce fut aussi l’occasion de démonter les mécanismes de la surveillance de masse mis en place par les agences de sécurité des pays qui contrôlent le trafic intercontinental de données numériques (notamment les États-Unis, France et la Grande-Bretragne). Ces quelques cartes, chiffres et graphiques donnent à voir la réalité des dépendances africaines vis-à-vis des infrastructures mondiales et interrogent sur les conditions qui permettraient une meilleure pénétration de l’Internet  en Afrique comme une plus grande maîtrise des citoyens africains sur leurs données numériques. 

DAKAR 2015 AFRICTIVISTES

 

 

Montesquieu et l’infamie de l’espionage à l’ère d’Edward Snowden

Lors de ma participation au congrès annuel d’Euro-ISME au Innere Führung Zentrum de Koblenz, en mai 2014, j’ai pu discuter longuement avec George R. Lucas, professeur d’éthique et de politique publique à la Graduate School of Public Policy de la Naval Postgraduate School de Monterey, en Californie, qui proposait une justification morale de l’utilisation de PRISM, l’un des programmes de surveillance les plus sophistiqués révélé par Edward Snowden en juin 2013. A l’occasion de l’anniversaire de ces révélations, je publiai avec Internet Sans Frontières une analyse des propositions de George R. Lucas en lui objectant une série d’arguments qui visent à restaurer une défense adéquate de la vie privée fondamentale du citoyen.

NSA Spying Hoodie in front of the UN par frederic.jacobs sur Flickr (CC BY 2.0)
NSA Spying Hoodie in front of the UN par frederic.jacobs sur Flickr (CC BY 2.0)

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L’accès à Internet en Afrique centrale: une cause de guerre?

En décembre 2013, je m’envolai pour le Cameroun pour y mener une enquête sur les coûts d’accès à Internet en Afrique Centrale. L’opération Sangaris commençait le jour même de mon arrivée. A mesure que mes entretiens se succédaient à Yaoundé (Banque Mondiale, Union Internationale des Télécommunications, etc…), je réalisais que les infrastructures de télécommunications représentaient un enjeu géopolitique majeur dans toute l’Afrique, et plus particulièrement sur l’axe qui rejoint le golfe de Guinée à la Mer Rouge. La Banque Mondiale y avait lancé en 2009 le programme « African Backbone » censé relier Kribi (Cameroun) à Port-Soudan et alimenter les régions inaccessibles pour la Toile mondiale: le Tchad et la Centre Afrique; les câbles devaient suivre à la trace le réseau des pipelines. L’instabilité régionale a eu raison de ce projet, notamment en raison de tensions politiques insurmontables entre le Cameroun, le Tchad et la Centre Afrique. Le texte reproduit ci-dessous est d’abord paru sous forme d’un article pour Internet Sans Frontières  avant d’être repris et retravaillé pour un rapport commandité par l’Alliance For Affordable Internet basé à Washington. L’histoire du CAB est symptomatique des enjeux géopolitiques des télécommunications et de leurs interférences avec les conflits politiques, voire militaires. Il est légitime de s’interroger sur l’influence du projet CAB ou de projets similaires sur le comportement des acteurs qui ont pris part aux conflits militaires qui traversent les frontières de l’Afrique Centrale. La guerre de l’information passe aussi par le contrôle de l’accès à l’information, et donc, par le contrôle des infrastructures qui permettent de la transmettre –  une hypothèse tout à fait « classique » si l’on regarde l’histoire de la stratégie – et notamment la guerre de Crimée. 

[Mes conclusions provisoires furent présentées lors d’un sommet qui se tenait à Yaoundé et où je représentai Internet Sans Frontières]


Le Cameroun à la Conférence mondiale des télécommunications internationales – par ITUpictures (CC BY 2.0)

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