Tribune sur la gouvernance des câbles sous-marins (Le Monde)

Tribune. Le Monde.  Le succès d’Internet n’aurait pas été possible sans le vaste réseau de câbles sous-marins qui étendent leur empire au fond des océans, sur plus d’un million de kilomètres, y véhiculant 99 % du trafic intercontinental de données et près de 10 000 milliards de dollars (8 000 milliards d’euros) de transactions quotidiennes. Dans la plus grande opacité, quelques entreprises de télécommunication et de géants du Web en contrôlent la concep­tion, le déploiement et l’exploitation, profitant de leur position dominante.

Les conséquences de cette  technologique sont économiquement dévastatrices et politiquement liberticides. L’inégalité d’accès à la bande passante internationale, sensible dans les régions les plus éloignées des centres d’interconnexion, se double d’un sentiment de suspicion généralisée, les données transitant par ces voies étant étroitement surveillées.

Texte complet disponible ici: Internet _ « Les câbles sous-marins doivent devenir un outil démocratique au service du plus grand nombre »

« Il faut dompter les géants des mers ! »

 

 

Recension dans la Vie des Idées: François Saint-Bonnet À l’épreuve du terrorisme. Les pouvoirs de l’État.

Comment faire peur à ceux qui ne craignent pas la mort ? Souvent adoptées dans l’urgence, les mesures gouvernementales sont dans l’ensemble inefficaces contre le terrorisme. Pour François Saint-Bonnet, l’État de droit doit bien plutôt réorganiser ses pouvoirs, et réaffirmer la séparation entre le civil et le militaire.

Recensé : François Saint-Bonnet, À l’épreuve du terrorisme. Les pouvoirs de l’État, Paris, Gallimard, 2017, 176 p., 18 €.

Cet ouvrage inscrit les réponses contemporaines face au terrorisme djihadiste dans l’histoire longue de la pensée politique. Le livre, et c’est là son originalité, combine enquête généalogique sur les logiques de guerre sainte et réflexion juridique sur l’organisation des pouvoirs de l’État face au terrorisme. L’intuition de l’auteur est que la prétendue nouveauté du terrorisme djihadiste nous empêche d’identifier les traits constitutifs de l’État moderne, qui ont pourtant permis à l’Europe de sortir des guerres de religion, notamment grâce aux transformations de l’État à partir des Lumières. Ces transformations seraient désormais devenues des obstacles dans la lutte contre le terrorisme, ce qui justifierait un retour aux formes originaires de la raison d’État. Le problème est clairement énoncé :

Que peut l’État de droit contre ceux qui ne respectent aucun droit ? Comment combattre, légalement, le terrorisme qui balaie toute forme de légalité ? Sommé de n’abandonner ni le respect des droits fondamentaux ni l’impératif de sécurité des citoyens, nos dirigeants doivent pourtant faire des choix. (p. 10)

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Les enjeux géopolitiques des cables sous-marins: le cas emblématique du Brésil

Lors de la conférence #Rightscon 2017 à Bruxelles, Florence Poznanski, directrice d’Internet Sans Frontières-Brésil et Jonas Valente, membre de l’ONG brésilienne Intervozes, co-organisaient un panel sur les câbles sous-marins et les coûts d’inter-connectivité en Amérique Latine et en Afrique. La discussion est partie du projet de câble sous-marinELLALINK qui doit relier prochainement l’Amérique Latine à l’Europe pour contourner les États-Unis, qui contrôlent la quasi-totalité des autoroutes du Web et des consortiums qui en gèrent le trafic. Y participaient Félix Blanc, en charge des Institutions et Politiques Publiques à Internet Sans Frontières, Loretta Anania, du Next Generation Internet Center de la Commission Européenne et Laura Tresca, d’Article 19-Brésil.

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Le tournant sécuritaire: vers un État policier en France?

Je participe depuis mai 2016 au programme « Dialogue for Europe » du Think Tank berlinois Das Progressive Zentrum. Il s’agit de formuler des propositions pour relancer l’Europe et éviter la tentation du populisme. Alors que le résultat des élections présidentielles françaises était encore très incertain, il m’a été demandé de faire une analyse de la situation politique du pays, et plus particulièrement du « tournant sécuritaire » qui s’est opéré depuis une trentaine d’année. Ce texte cherche à mettre en perspective les lois anti-terroristes votées ces dernières années par le parlement français et montre qu’elles s’inscrivent dans la continuité d’un tournant sécuritaire dans lequel la France joue un rôle majeur. Autour de ce tournant se sont progressivement ralliés des responsables politiques conservateurs comme progressistes, au nom d’un ‘consensus républicain’ et du dépassement l’opposition traditionnelle entre droite et gauche. Ce tournant sécuritaire a empêché la formation d’alternatives crédibles en matières de politiques de sécurité, et donc la possibilité même d’un débat contradictoire sur ces questions. En présentant cette politique de sécurité comme la seule alternative possible à la montée du populisme sécuritaire incarné par le Front National depuis les années 90, certains responsables politiques et idéologues auront peut-être fini par fragiliser durablement l’État de droit et les libertés fondamentales, qui constituent bien le socle commun du régime républicain français depuis plus de deux siècles.

Pour aller plus loin: « Security Pivot Towards a Police State in France | #DialogueOnEurope »

ou http://dialogue-on-europe.eu/security-pivot-towards-a-police-state-in-france/

La circumvolution de l’Afrique par les câbles sous-marins

Lors du premier sommet des Africtivistes, qui s’est tenu à Dakar du 26 au 29 novembre 2015, Internet Sans Frontières présentait les enjeux des câbles sous-marins de l’Internet mondial pour l’Afrique. Devant plus d’une centaine de représentants de 25 pays africains, francophones et anglophones, j’ai pu  démontrer en quoi la distribution actuelle des câbles sous-marins est une cause majeure d’inégalité d’accès à Internet en Afrique. Ce fut aussi l’occasion de démonter les mécanismes de la surveillance de masse mis en place par les agences de sécurité des pays qui contrôlent le trafic intercontinental de données numériques (notamment les États-Unis, France et la Grande-Bretragne). Ces quelques cartes, chiffres et graphiques donnent à voir la réalité des dépendances africaines vis-à-vis des infrastructures mondiales et interrogent sur les conditions qui permettraient une meilleure pénétration de l’Internet  en Afrique comme une plus grande maîtrise des citoyens africains sur leurs données numériques. 

DAKAR 2015 AFRICTIVISTES

 

 

Montesquieu et l’infamie de l’espionage à l’ère d’Edward Snowden

Lors de ma participation au congrès annuel d’Euro-ISME au Innere Führung Zentrum de Koblenz, en mai 2014, j’ai pu discuter longuement avec George R. Lucas, professeur d’éthique et de politique publique à la Graduate School of Public Policy de la Naval Postgraduate School de Monterey, en Californie, qui proposait une justification morale de l’utilisation de PRISM, l’un des programmes de surveillance les plus sophistiqués révélé par Edward Snowden en juin 2013. A l’occasion de l’anniversaire de ces révélations, je publiai avec Internet Sans Frontières une analyse des propositions de George R. Lucas en lui objectant une série d’arguments qui visent à restaurer une défense adéquate de la vie privée fondamentale du citoyen.

NSA Spying Hoodie in front of the UN par frederic.jacobs sur Flickr (CC BY 2.0)
NSA Spying Hoodie in front of the UN par frederic.jacobs sur Flickr (CC BY 2.0)

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