Les enjeux géopolitiques des cables sous-marins: le cas emblématique du Brésil

Lors de la conférence #Rightscon 2017 à Bruxelles, Florence Poznanski, directrice d’Internet Sans Frontières-Brésil et Jonas Valente, membre de l’ONG brésilienne Intervozes, co-organisaient un panel sur les câbles sous-marins et les coûts d’inter-connectivité en Amérique Latine et en Afrique. La discussion est partie du projet de câble sous-marinELLALINK qui doit relier prochainement l’Amérique Latine à l’Europe pour contourner les États-Unis, qui contrôlent la quasi-totalité des autoroutes du Web et des consortiums qui en gèrent le trafic. Y participaient Félix Blanc, en charge des Institutions et Politiques Publiques à Internet Sans Frontières, Loretta Anania, du Next Generation Internet Center de la Commission Européenne et Laura Tresca, d’Article 19-Brésil.

Félix Blanc a dépeint les enjeux que représentent les câbles sous-marins pour la protection des données personnelles après les révélations d’Edward Snowden, mais aussi pour l’universalité d’accès à Internet en rappelant les inégalités de coûts d’accès à la bande passante internationale. Sur ce plan, l’Amérique Latine et l’Afrique présentent des similarités qui les placent désormais au coeur des discussions sur le futur de la gouvernance de l’Internet et les règles communes à notre “village global”.

De la même façon, la circulation sans entraves sur les autoroutes sous-marines du Web doit devenir une norme de régulation universelle, a ajouté Loretta Anania, qui assista dans les années 80′ à la dérégulation du réseau Internet à la faveur de l’effondrement du réseau satellitaire, grand perdant de la bataille pour le contrôle de l’Internet. Elle plaide pour une approche décentralisée fondée sur la multiplication des projets locaux de développement de l’Internet à l’image des “community networks” que l’on trouve à Barcelone ou dans d’autres villes européennes.

Enfin, Laura Tresca et Jonas Valente ont donné plusieurs éléments sur le contexte du projet ELLALINK, qui s’explique par l’impulsion donnée par l’ancienne présidente du Brésil Dilma Roussef. Avant d’être brutalement démise de ses fonctions, elle a cherché à se déprendre de l’emprise américaine sur la connectivité en Amérique Latine, en lançant des programmes à destination des BRICS, mais aussi de l’Union Européenne, également touchée par les scandales de la surveillance globale. La marche arrière brutale qui a accompagné le coup d’État de 2016 remet néanmoins en question ces projets d’interconnexion avec l’Europe, l’Afrique et le reste du monde.

Ce panel a été l’occasion pour Félix Blanc de rappeler que la libre circulation sur les fleuves d’Europe, qui fut votée en appendice au Congrès de Vienne en 1815, permit l’essor économique de régions entières, avec pour garantie une cour permanente de règlement des conflits trans-frontaliers, qui est la première organisation internationale encore active (dont le siège est toujours à Strasbourg). Depuis cette perspective, il entendait renouveler une demande insistante de la société civile mondiale: transformer ces infrastructures intercontinentales, où transitent 98% du trafic mondial de l’Internet, en un bien commun de l’humanité. Tenues entre quelques mains, les consortiums ou entreprises qui gèrent ces câbles sont une des clés à déchiffrer pour défendre les droits humains à la connectivité, et peser davantage sur les gouvernements qui pratiquent encore la censure économique ou technologique, comme le montre l’exemple récent du Cameroun, où les autorités ont sectionné le câble sous-marin de Limbé, comme l’a rappelé Archippe Yepmou, Président d’Internet Sans Frontières.

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