Émeric Crucé ou le pacifisme conservateur

Découverte d’Émeric Crucé (1590? – 1648) dans la Bibliothèque Nationale d’Autriche: il a notamment inspiré le juriste Thomas Balch qui publia une influente histoire des cours d’arbitrage en 1874 (notamment pour le Alabama Case). Élément crucial: il s’oppose directement à Jean Bodin qui vient de théoriser la souveraineté des États comme facteur de stabilité…au détriment des organisations fédérales comme la Suisse. C’est donc une découverte importante pour comprendre la genèse des organisations internationales et les critiques du concept d’équilibre des puissances. Car Crucé ne se contentait pas d’une paix négative, où l’équilibre des armées assurent un temps la tranquillité des esprits, mais aspirait à un état plus durable et plus fécond pour l’échange entre les cultures: « une paix qui rende à chacun ce qui lui appartient, le privilège au citoyen, l’hospitalité à l’étranger, et à tous indifféremment la liberté de voyage et de négociation » (p. 194)

 

Source (Wikipédia)

« Émeric Crucé ou Émeric de la Croix (1590 ?- 1648), fils d’un ancien ligueur, Odin Crucé, est un moine français, des rares éléments connus le concernant on peut le supposer d’origine modeste.

Il enseigna dans un collège parisien dans cette période qui suit les guerres de religion.

Il publie en 1623 le Nouveau Cynée ou Discours d’Estat représentant les occasions et moyens d’establir une paix générale et la liberté de commerce pour tout le monde. Il tire ce titre du nom de Cynéas, conseiller de Pyrrhus, roi des Molosses (318-272 av. J.-C.) et qui incarne selon Plutarque l’homme politique prioritairement animé du désir de paix.

Crucé fait effectivement de la paix l’axe de sa pensée philosophique et politique. Son pacifisme est radical, et il le tient comme la valeur suprême de l’ordre international qu’il préconise. Et pour préserver résolument la Paix, il imagine une Assemblée permanente des Princes ou de leurs représentants, siégeant à Venise et ayant obligation de régler les conflits.

Crucé lie ses perspectives d’unification solidaire des États à des objectifs tant sociaux qu’économiques et politiques pour les princes et les peuples concernés. Ainsi son projet se conçoit-il dans un contexte de libre-échange encore plus révolutionnaire qu’il n’y paraît, puisque reposant lui-même sur une monnaie commune et un système commun de poids et mesures. Il ajoute de plus une responsabilité sociale de l’État dans la nécessité du bien public, l’obligeant pour cela même à financer certaines activités.

Il va encore plus loin en ne faisant pas du christianisme le ciment de sa fédération qui demeure de la sorte un concept politique et économique en dehors des cloisonnements spirituels eux-mêmes. Il associe « Turcs, Persans, Français, Espagnols, Juifs ou Mahométans ». Et pour éviter une éventuelle suprématie chrétienne s’il donne au Pape une primauté sur les trois coprinces il est immédiatement suivi dans l’ordre des préséances par le Sultan ottoman puis l’Empereur.

Son pacifisme débouche sur un ordre universel, le Pouvoir tel qu’il le conçoit et l’organise, engendre et garantit la Paix aux hommes seul vecteur de prospérité. Ses idées l’opposent à celles de Jean Bodin (1529-1596) dont les théories politiques sont axées sur la souveraineté des États, reconnaissant à la guerre une nécessité économique et un moyen de préserver la paix intérieure. En définitive, l’œuvre présente une certaine hauteur de vues, mais n’est pas exempte de naïveté et d’irréalisme dans la mise en œuvre1. »

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