L’accès à Internet en Afrique centrale: une cause de guerre?

En décembre 2013, je m’envolai pour le Cameroun pour y mener une enquête sur les coûts d’accès à Internet en Afrique Centrale. L’opération Sangaris commençait le jour même de mon arrivée. A mesure que mes entretiens se succédaient à Yaoundé (Banque Mondiale, Union Internationale des Télécommunications, etc…), je réalisais que les infrastructures de télécommunications représentaient un enjeu géopolitique majeur dans toute l’Afrique, et plus particulièrement sur l’axe qui rejoint le golfe de Guinée à la Mer Rouge. La Banque Mondiale y avait lancé en 2009 le programme « African Backbone » censé relier Kribi (Cameroun) à Port-Soudan et alimenter les régions inaccessibles pour la Toile mondiale: le Tchad et la Centre Afrique; les câbles devaient suivre à la trace le réseau des pipelines. L’instabilité régionale a eu raison de ce projet, notamment en raison de tensions politiques insurmontables entre le Cameroun, le Tchad et la Centre Afrique. Le texte reproduit ci-dessous est d’abord paru sous forme d’un article pour Internet Sans Frontières  avant d’être repris et retravaillé pour un rapport commandité par l’Alliance For Affordable Internet basé à Washington. L’histoire du CAB est symptomatique des enjeux géopolitiques des télécommunications et de leurs interférences avec les conflits politiques, voire militaires. Il est légitime de s’interroger sur l’influence du projet CAB ou de projets similaires sur le comportement des acteurs qui ont pris part aux conflits militaires qui traversent les frontières de l’Afrique Centrale. La guerre de l’information passe aussi par le contrôle de l’accès à l’information, et donc, par le contrôle des infrastructures qui permettent de la transmettre –  une hypothèse tout à fait « classique » si l’on regarde l’histoire de la stratégie – et notamment la guerre de Crimée. 

[Mes conclusions provisoires furent présentées lors d’un sommet qui se tenait à Yaoundé et où je représentai Internet Sans Frontières]


Le Cameroun à la Conférence mondiale des télécommunications internationales – par ITUpictures (CC BY 2.0)

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