La théorie de l’agression en droit international

En janvier 2012, le Ministère de la Défense finançait ma participation au Congrès annuel de l’International Society for Military Ethics qui se tenait à l’Université de San Diego aux États-Unis. J’y présentai un papier sur l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, terminée depuis quelques mois seulement. La résolution 1973 l’avait justifiée en mars 2011 au nom de la « Responsabilité de Protéger », à un moment où Kadhafi menaçait la population civile de sévères répressions militaires en représailles à son soulèvement. En repartant de la théorie de l’agression décrite par Michael Walzer dans Guerres justes et injustes, je propose dans ce texte une analyse des cas problématiques que posent des guerres déclenchées dans un moment où la menace d’une agression paraît « imminente ». Identifier les critères d’une menace suffisamment caractérisée est une véritable gageure en droit international. Cette incertitude pèse parfois sur les puissances qui cherchent à légitimer l’usage de la force armée par légitime défense ou pour protéger les populations civiles d’un pays tiers. La guerre des 6 jours a soulevé en 1967 des débats sur la légitimité des mesures prises par l’armée israélienne pour empêcher une attaque imminente. De la même façon, la France et la Grande-Bretagne sont intervenues en Libye pour prévenir un massacre « imminent » des populations civiles de Benghazi, ce qui n’a pas manqué d’entraîner un débat sur la proportionnalité de la réponse militaire.  Or, les critères pour juger du degré de menace suffisant pour autoriser une intervention militaire étaient déjà régulièrement débattus depuis une dizaine d’années. La guerre en Irak de 2003 a ainsi soulevé une série de controverses autour de la doctrine de la guerre préventive. L’identification des critères pertinents pour évaluer une menace – sur son propre pays, sur l’ordre international ou sur une population civile – est un défi considérable pour la pensée stratégique comme pour la théorie de la guerre juste. Pour le relever avec prudence, il faut faire appel aux talents de l’historien, du stratège et du chef d’État…sans oublier le sens commun, dont Aristote avait montré toute l’importance pour évaluer la réalité d’une menace en cas d’attaques « ennemies ».

[Article publié initialement par Cynthia Salloum et Benjamin Brice dans Penser la violence collective, Nuvis, 2012.]

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