Sur le racisme de Gandhi

Une statue de Mahatma Gandhi a fait l’objet d’une contestation grandissante au Ghana, où certains universitaires souhaitent voir son retrait en signe de protestation contre ses prises de position sur la colonisation de l’Afrique noire: https://www.theguardian.com/world/2016/oct/06/ghana-academics-petition-removal-mahatma-gandhi-statue-african-heroes

Je recommande une lecture complémentaire à cet événement historique, Domenico Losurdo, La non-violence, une histoire démystifiée, Delga, 2014, chapitre 2, « participation à la guerre et promotion raciale ».

Domenico Losurdo, philosophe italien qui a beaucoup écrit sur les origines colonialistes du système concentrationnaire, cite longuement celui qui est souvent considéré comme la figure de la non-violence et de la fraternité universelle:

« Notre lutte est continue contre la dégradation que cherchent à nous infliger les Européens, qui veulent nous abaisser au niveau des cafres rustres [noirs d’Afrique australe], dont l’occupation est la chasse et dont la seule ambition est de rassembler un certain nombre de têtes de bétail afin d’acquérir une épouse pour ensuite couler une existence d’indolence et de nudité » (Gandhi, septembre 1896, cité par Losurdo, p.51)

Sans remettre en cause la grandeur de la lutte menée par Ghandi ultérieurement, ce texte (et bien d’autres) nous invite à nous garder de toute idolâtrie dans les choses politiques, particulièrement lorsqu’il est question de non-violence. Rappelons que Ghandi fut recruteur en chef pour l’armée britannique pendant la Première Guerre Mondiale…ce qui lui permit plus tard de disposer d’un certain levier de mobilisation pour lutter contre son supérieur de jadis…plusieurs centaine de milliers d’Indiens participèrent à la Première Guerre Mondiale.

Rappelons qu’en 1896, les troupes éthiopiennes de Menelik II battaient les Italiens à Maroua, au grand dam des colonialistes de tous bords, ce qui suscita alors l’enthousiasme des réformateurs pacifistes italiens comme Filippo Turati : « Ce que nous souhaitons et désirons franchement […] c’est que nos armées et notre drapeau – car il semble qu’il n’y ait pas d’autre issue – soient battus si solennellement que cela ôte aux fripouilles qui nous conduisent dans ces ravins maudits, non pas tant la velléité – ce qui est impossible – mais de moins la possibilité morale de recommencer. » (cité p.81).

Il faudra attendre près de quarante ans pour que l’Italie sorte de sa longue traversée du désert…avant de s’ensabler à nouveau au fond des hauts plateaux éthiopiens.

Pour la petite histoire, Rimbaud trafiquait des armes avec Ménélik II, quelques années avant, pour le compte d’une autre puissance coloniale…la France ! L’Éthiopie fascine pour être parvenue à appliquer le principe de « non-violence » par neutralisation des appétits coloniaux et retournement des logiques coloniales contre elles-mêmes. Bien sûr, le mythe de la « grande Éthiopie » mérite aussi des analyses plus affutées…